Les synthétiseurs à ruban dans l'histoire...
Contrôler un synthétiseur (analogique ou virtuel) avec un clavier semble aujourd'hui une évidence, mais il n'en a pas toujours été ainsi dans l'histoire de la facture instrumentale. Revenons sur d'autres instruments de contrôle, dont beaucoup appartiennent désormais à nos cabinets de curiosité.
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Depuis les tout débuts de l'électronique et l'apparition des premiers oscillateurs contrôlés en tension (VCO), les scientifiques se sont intéressés aux nouvelles possibilités qu'offrait l'électronique dans les domaines de la génération et le traitement du signal. L'introduction des filtres et des VCA a bientôt permis le jeu de tremolos et de vibratos de plus en plus proches de la musicalité des instruments de musique classique. Cette famille naissante de générateurs sonores nécessitait néanmoins de nouveaux outils qui permettraient de contrôler leurs paramètres. Si le clavier s'imposait déjà comme outil de contrôle, plusieurs ingénieurs se tournèrent vers d'autres types de contrôles qui offriraient des fonctions autres que celles d'un clavier générique. Ces nouveaux instruments, comme le clavier à 36 notes par octave du Telharmonium de Cahill par exemple (ci-contre), nécessitaient néanmoins un long apprentissage de jeu et n'ont souvent pas reçu l'aval des musiciens. Afin de remédier à cet obstacle, d'autres inventeurs, comme Léon Theremin, dispensèrent des cours dédiés à l'apprentissage de leurs nouveaux instruments. |
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La profusion de nouveaux contrôles continuera de marquer les années 1920-1930 qui resteront les années les plus fertiles dans l'histoire de l'évolution des instruments électroniques. En Russie, Léon Theremin développa le Theremin en utilisant la résistance du corps humain comme mécanisme de contrôle, libérant le musicien du clavier et de ses intonations fixes. Il créa aussi les premiers violoncelles à ruban. En France et en Allemagne, tout une famille d'instruments à disques voyait le jour. Parmi eux, le Dynamophone de René Bertrand et Edgard Varèse ou encore l'Electrophon et le Spharaphon de Jörg Mager (ci-contre). |
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A la fin des années 1920, les rubans sensitifs firent leur apparition sur Les Ondes Martenot du français Maurice Martenot qui comportaient à la fois un clavier de sept octaves et un ruban sensitif qui permettait des inflexions de hauteurs de note similaires à celles produites par la voix ou par les instruments à cordes. Le joueur pouvait réaliser des glissandos grâce à un anneau attaché à un ruban en métal qui contrôlait la fréquence. Des centaines de partitions de pièces symphoniques, d'opéras ou de musiques de films furent composées pour cet instrument par Varèse, Honneger et Maessian. Depuis lors, les rubans sensitifs ont eu une histoire particulière dans l'évolution des instruments de musique électronique. |
| Peter Lertes, un ingénieur en électricité de Leipzig et Bruno Helberger, développèrent l'Hellertion (ci-dessus), également un des premiers instruments électroniques possédant un ruban à la place d'un clavier. Ce ruban était composé d'une fine bande de métal résistif recouverte de cuir, qui, lorsqu'elle était pressée, complétait un circuit. En fonction de l'endroit où l'on appuyait sur cette bande, une résistance différente était créée et altérait la tension envoyée à l'oscillateur, produisant différentes hauteurs de note. La force de la pression contrôlait le volume du signal de sortie. Le ruban était marqué pour aider le joueur à trouver la hauteur désirée et avait une amplitude de près de cinq octaves. Les premiers modèles avaient un seul ruban, mais les séries suivantes alignaient quatre, puis six rubans. Ces modèles permettaient d'atteindre quatre et six voix de polyphonie. |
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Le Trautonium (ci-contre) fut le premier instrument à combiner un contrôle de position à un contrôle de pression. Créé en 1929 par Franz Trauntwein, le Trautonium utilisait des filtres pour modifier le timbre de la note et un clavier, comme Les Ondes Martenot. Le premier Trautonium avait un ruban fait d'un fil résistif en graphite placé sur un rail métallique marqué avec une échelle chromatique et couplé à un oscillateur à lampe à néon. Lorsque le joueur exerçait une pression sur le fil, celui-ci touchait le rail et complétait le circuit. L'oscillateur était amplifié par un haut-parleur. La position du doigt sur le fil déterminait la résistance qui contrôlait la fréquence et donc la hauteur de l'oscillateur. Le Trautonium avait une amplitude de trois octaves qui pouvaient être transposées à l'aide d'un commutateur. Après les années 1940, la généralisation de l'utilisation des claviers (et la guerre) ralentit la recherche de nouveaux types de contrôleurs. Les rubans réapparurent dans les années 1960 avec le contrôleur à ruban de Moog rendu célèbre grâce aux installations pyrotechniques de Keith Emerson. Les Beach Boys, dans leur morceau "Good Vibrations", utilisèrent un son proche de celui d'un Theremin, qui était réalisé par un instrument à ruban appelé l'Electro-Theremin, qui fut plus tard remplacé par un contrôleur à ruban et un synthétiseur Moog pour les concerts. |
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Entre les années 1970 et 1980, différents types de contrôles furent développés, notamment dans le domaine des percussions, de la guitare et des instruments à vent. Seuls quelques modèles de synthétiseurs de l'époque possédaient d'autres types de contrôles que les claviers : le CS80 de Yamaha, qui contrairement au molette de modulation et au ruban Moog, n'avait pas de position centrale. Kurzweil a aussi intégré des rubans à certains synthétiseurs, Korg également, avec le Korg Prophecy. De nouveaux contrôleurs furent créés dans les années 1980, mais restèrent du domaine des curiosités. The Hands, développées par Michel Waisvisz au STEIM à Amsterdam, ou encore la fameuse harpe de Jean-Michel Jarre. Les années 2000 ont offert de nouvelles possibilités grâce au développement des technologies sensorielles et à l'apparition sur le marché de nouvelles interfaces analogique/MIDI puissante telle l'eobody (ci-contre) développé par eowave et l'Ircam... Cet engouement pour les nouveaux contrôles a vite gagné le monde de la musique avec l'arrivée de contrôleurs comme des surfaces de contrôle tactile que l'on retrouve sur le Kaos Pad de Korg ou le MiniMoog Voyager, ou bien les D-Beam, intégrés dans la plupart des nouveaux synthétiseurs de Roland. |
De l'idée à la réalisation... un choix technologique
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Le projet du Persephone s'inscrivait dans le souhait de travailler sur une version contemporaine d'un instrument à ruban en utilisant les avancées dans le domaine de la technologie sensorielle, mais en conservant la partie analogique de la génération et du traitement du signal. Comme tout autre synthétiseur, le Persephone possède une architecture de synthèse classique avec une section oscillateur, une section filtre, une section modulation et une section LFO. Avec son oscillateur 100% analogique, le Persephone peut générer des notes dans une étendue de 10 octaves. Un potentiomètre permet de régler l'échelle du ruban du Persephone de 1, 2, 5 à 10 octaves. Les fréquences les plus basses vont du son profond et résonant d'un violoncelle à des sonorités proches de la voix humaines. Les registres les plus aigus peuvent atteindre des fréquences très hautes, inaudibles pour l'oreille de l'homme. La forme d'onde de l'oscillateur peut être réglée entre triangle et dent-de-scie pour un son plus ou moins brillant. Le filtre est un filtre passe-bas 6dB. Le ruban est sensible à la pression et à la position comme l'était celui du Trautonium. Cette surface de contrôle linéaire abolit les écarts entre les notes et permet toute sorte de glissando comme un Theremin ou Les Ondes Martenot. La touche d'expression, contrôlée par un capteur optique, peut transmettre les plus fines vibrations avec une précision que les anciens systèmes mécaniques ne pouvaient pas atteindre. Tous les contrôles sont numériques. Les quatre modes - A, B, C et D - offrent différentes hiérarchies de contrôle entre la hauteur, la vélocité, la modulation du filtre et le LFO. mesi © 2006 |